Christian Vuissa, Tout, mais pas l'oubli...

A quinze ans j’ai eu ma première guitare… Elle était rouge… Je me souviens tellement bien de cet instant si longtemps désiré. En rentrant des cours je la voyais, elle semblait m’attendre derrière sa vitrine. Le magasin de musique était juste au-dessous de chez mes Grands-parents chez qui je vivais. Hagmann, c’était son nom… bourru suisse-allemand au cœur tendre. Combien de fois je descendais chez lui le déranger pour rêver, pour imprégner mes pupilles de tous ces instruments en attente d’une adoption, pour humer le parfum de cette caverne d’Ali-Baba, car en ce temps un magasin de musique avait une odeur.

C’était en 1968, belle année de chamboulement et de controverses pour débuter à m’exprimer sur cet instrument dont les douloureuses cordes à l’accordage approximatif ont mis du temps à se laisser caresser jusqu’à sortir un son audible. La guitare était mauvaise et le musicien débutant aussi.

Besogneux et laborieux, très vite avec 3 accords j’ai commencé à vouloir flirter avec la marge des partitions et mes propres paroles aux relents boutonneux de l’adolescence. Depuis les boutons sont partis et la guitare est restée. 45 ans après est né mon premier album. Il y a eu un premier essai de studio en 1986 pour un 45 tours à deux titres vendu, donné… jeté… 400 exemplaires ont trouvés propriétaire… quant au reste, ils ont fini dans des recyclages divers, comme dessous de plats pour les plus heureux et à la décharge municipale pour les moins chanceux…

A quinze ans, parallèlement à la corne se formant aux bouts de mes doigts sur le manche de ma guitare, je commençais un apprentissage de dessinateur ainsi que la pratique du judo. M’accrochant à ces trois petits bouts de laine d’expression, maintenant je suis architecte indépendant, professeur de judo et auteur, compositeur, interprète… Je compose une existence dont je ne suis pas l’auteur en essayant de l’interpréter au mieux de ma conscience… voilà le parcours d’une vie que je pense relativement bien remplie.